VÉRONIQUE SANSON - AMOUREUSE

Crédit Photo: Amoureuse - Véronique Sanson (1972)

C’est en remontant l’Avenue des Champs Elysées au lever du jour, à bord de son Autobianchi, après une nuit d’amour avec Michel Berger, que Véronique Sanson dit avoir trouvé l’inspiration d’Amoureuse. Chanson dans laquelle tout flotte : l’interdit, l’insouciance, le manque de temps, la perte de repères, peut être même les obligations assignées à une femme de son temps. Dans le début de sa vingtaine seulement, l’éternelle jeune fille désobéissante, capte la complexité d’un amour passionné, nourri par la peur parfois, la déroute toujours. Un amour contrarié, où l’on a envie de rester confortablement, un peu comme cette musique que l’on a envie d’étirer, de prolonger. 



Sortie en 1972 dans son tout premier album du même nom, Amoureuse est produite par son compagnon de l’époque : Michel Berger. La musique porte en germes les tensions qui traversent la chanteuse dans le début de leur relation : comment aimer sans se perdre, comment, en tant que femme, rester libre tout en étant passionnément amoureuse ?  



L’année d’après, en 1973, la chanteuse décide de partir rejoindre son amant, l’artiste américain Stephen Stills du groupe de rock Crosby, Stills, Nash and Young. Ils se marient avant de divorcer sept ans plus tard. Elle dira ensuite qu’elle aurait aimé qu’il soit envisageable de vivre et d’aimer les deux en même temps, Berger et Stills. À son retour, Véronique Sanson et Michel Berger entament alors une conversation musicale, à travers des chansons interposées : Le Maudit, Seras-tu là ?, Je serai là, Quelques mots d’amour, Mortelles pensées. Et ce, jusqu’à la mort du chanteur, en 1992. 



Le morceau se caractérise par la prééminence du texte sur la musique, propre à la chanson française de cette période. Chanson française, cela ne veut rien dire en soi. Variété française non plus d’ailleurs. Je n’en n’avais qu’une vague idée.


Précisément parce qu’elle est insaisissable, en empruntant des éléments à la pop, au rock, puis à la musique disco, se servant aussi des émissions de télévision, des plateaux-médias. Populaire donc, accessible et omniprésente dans les salons, les quotidiens des ménages, le soir après le repas, elle se caractérise souvent par une prédominance du piano-voix sur le reste. Des textes accessibles, introspectifs parlant souvent d’amour, de la vie quotidienne. Des voix reconnaissables parmi toutes qui donnent envie de comprendre le français, de l’étudier, de l’explorer.


Je ne pourrai jamais lire de la poésie allemande comme Goethe entendait l’écrire. Un non-francophone ne pourra jamais écouter Ne me quitte pas de Jacques Brel, comme ce dernier entendait qu’on l’écoute. C’est frustrant, et c’est bien là tout le problème de la langue, de l’intention calquée derrière l’écriture en général, qui donne envie de rendre le français accessible à tous, la profondeur des paroles, le choix des mots, la précision de ces derniers.


D’une voix frêle, accompagnée par son piano, Sanson convoque donc une galaxie de sentiments entremêlés. Galaxie familière aux gens qui ont aimé, qui aiment encore, aux gens qui doutent, parfois. Bizarrement, Amoureuse de Véronique Sanson sonne aussi quelque part comme un espoir: un rappel que des gens ont aimé avant et continueront à aimer après. Elle nous rassure. 

Reprise en anglais par Olivia Newton-John, Pete Townshend, Kiki Dee et traduite en plusieurs langues, Amoureuse a résonné bien au-delà de la scène française. C’est un hymne universel à l’amour qui s’ignore, un appel à l’aide, une demande à ce que le jour s’étende, à ce que la nuit dure. Just another day

Un Article d’Ondine Blackmore Ballini


SOURCES:

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