BLACK COUNTRY, NEW ROAD À OSLO SENTRUM SCENE, 19/10/2025
Crédit Photo: Liséa Buisson
Black Country, New Road (BC,NR) est un groupe britannique difficilement catégorisable qui mêle aisément post-punk, jazz, rock expérimental. Formé en 2018, le groupe compte aujourd’hui 6 membres, tous musiciens exceptionnels : Lewis Evans (saxophone, flûte traversière, clarinette, chant), Georgia Ellery (violon, mandoline, chant), Tyler Hyde (guitare basse, clavier, chant), May Kershaw (claviers, accordéon, chant) Charlie Wayne (batterie, banjo), Luke Mark (guitares).
Mais concrètement, définir BC,NR avec des mots c’est presque mission impossible. On a affaire ici à un groupe incertain sur tous les aspects : pas de genre musical fixe, des instruments et des musiciens sans cesse interchangeables, une absence de leader. BC,NR créent leurs propres règles et ça fonctionne.
Ce concert est une ode à leur troisième album, Forever Howlong (2025), premier album sorti depuis le départ du chanteur principal Isaac Wood. Pour cet album, le groupe a fait le pari de ne pas remplacer le leader mais d’adopter une approche collective. Les voix sont partagées principalement entre Georgia Ellery, Tyler Hyde, et May Kershaw. Cette dynamique donne à l’album une richesse vocale et émotionnelle unique, chaque morceau portant la sensibilité de son interprète. La scénographie du concert rend aussi compte de cette volonté de partage. Tout au long du spectacle, la lumière se déplace, pointant tour à tour chacun des membres.
Concrètement, la mise en scène est très simpliste, outre les lumières englobant la salle et les musiciens, créant une ambiance atmosphérique qui va de pair avec la musique. Sur scène seuls les musiciens et leurs instruments sont présents, presque alignés, ils sont sur le même pied d'estale. Le focus se déplace avec la lumière selon la chanson, invitant le regard du spectateur à observer l’interprète placé sous un projecteur. Pendant ce temps, le reste de la scène est enveloppé d’une lumière monochrome différente à chaque morceau. Dans les moments de tumulte musical, c’est encore une fois la lumière qui fait tout le travail visuel, flashant les musiciens et la salle tour à tour, incluant directement le public dans le chaos BC,NR.
Ce dernier album est particulier et semble au premier abord plus difficile d’accès que les précédents mais vaut définitivement le détour. On pourrait caractériser celui-ci d’art rock, rock baroque ou de folk progressif mais encore une fois, les catégories échouent à rendre compte de la complexité du groupe. Les morceaux sont sophistiqués, certains passages sont très chargés, mêlant des instruments aux sonorités baroques avec les instruments d’un groupe de rock traditionnel. Un quart des chansons de l’album dépasse les six minutes où s’alternent des moments très doux et suspendus et des climax musicaux, presque confus, où tous les instruments se mélangent.
Voir cet album en live a été le vrai déclic dont j’avais besoin pour le comprendre et l'apprécier à sa juste valeur. Visualiser qui chante, voir tous les instruments et comment ils s’interchangent donne plus de sens à l’album. Les musiciens utilisent et travaillent avec leurs instruments d’une manière unique que l’on ne perçoit pas forcément en écoutant l’album mais qui, en live, dénote des autres groupes. May Kershaw arrive en effet à chanter, en jouant simultanément de l’accordéon et du piano, Lewis Evans change constamment d’instrument, parfois au cours du même morceau. Tyler Hyde utilise quant à elle un archer sur sa basse électrique créant un son nouveau et une image qui surprend et impressionne.
Le son de la musique live rend l'expérience immersive et nous transporte dans le monde de Black Country, New Road. Beaucoup de choses se passent en même temps sur scène, les instruments dialoguent, les voix s’harmonisent créant une cacophonie parfaitement maîtrisée et équilibrée par des moments plus tranquilles et émouvants.
Le morceau qui m’a transportée: Two Horses
Pour ce morceau, Georgia prend le lead et nous raconte une histoire. On se retrouve dans la peau d’une voyageuse solitaire qui prend la route à la recherche de sens.. Elle donne sa confiance à un homme qui finit par la trahir, tuant ses deux chevaux, symboles de liberté. Le groupe nous propose une vraie poésie chantée, sur une musique envoûtante qui capture parfaitement l’atmosphère des paroles. Un début doux, épuré qui évolue avec le récit vers un climax musical au moment de la trahison. L’outro nous ramène sur terre avec ses paroles presque déchirantes, laissant le spectateur suspendu aux lèvres de la chanteuse.
Un Article de Liséa Buisson